
Signer un CDI de portage salarial ne revient pas à devenir indépendant au sens juridique du terme. Vous conservez un contrat de travail avec votre société de portage, tout en recherchant vos clients et en négociant vos missions avec une autonomie que ne possède généralement pas un salarié classique.
Cette organisation vous permet de bénéficier de droits sociaux attachés au salariat : assurance maladie, retraite, assurance chômage sous conditions, congés payés et garanties collectives applicables. Mais ces protections ne signifient pas que votre rémunération est garantie entre deux missions, ni que votre contrat fonctionne exactement comme un CDI traditionnel.
En France, la sécurité de votre statut repose sur des éléments vérifiables : la rédaction du contrat de travail, les cotisations déclarées, le fonctionnement du compte d’activité, les réserves financières et les obligations légales de l’entreprise de portage. Comprendre ces mécanismes avant de signer permet d’identifier ce qui relève d’un droit garanti, d’une protection conditionnelle ou d’une simple prestation commerciale.
L’essentiel pour protéger vos droits en portage salarial
- Votre société de portage est votre employeur : l’autonomie dont vous bénéficiez chez le client ne supprime pas votre statut de salarié.
- Un CDI de portage maintient un cadre contractuel entre deux missions, mais les périodes sans prestation ne sont pas automatiquement rémunérées.
- Avant de signer, contrôlez les clauses de rémunération, les frais de gestion, les réserves financières et les garanties sociales sur des documents écrits.
- Pourquoi votre contrat mentionne une « absence de lien de subordination » avec le client tout en restant un CDI ?
- Quelles clauses vérifier impérativement avant de signer votre contrat de portage ?
- CDI de portage ou CDD par mission : lequel sécurise votre parcours ?
- L’erreur d’accepter une baisse de frais de gestion sans contrepartie écrite
- Dans quels cas votre société de portage peut-elle rompre votre CDI légalement ?
- Quelles prestations votre société de portage doit obligatoirement vous fournir ?
- Pourquoi l’absence de lien hiérarchique avec le client ne supprime pas votre statut de salarié ?
- Quelles lois protègent votre statut et encadrent votre activité de porté ?
Pourquoi votre contrat mentionne une « absence de lien de subordination » avec le client tout en restant un CDI ?
Votre contrat peut prévoir une absence de lien de subordination avec l’entreprise cliente parce que celle-ci n’est pas votre employeur. Le CDI est conclu avec la société de portage, qui assume les obligations patronales. Vous restez donc salarié, même si vous organisez librement votre mission et négociez directement avec le client les conditions de votre prestation.
Le portage salarial repose sur une relation triangulaire définie par les articles du Code du travail sur le portage salarial :
- Le salarié porté recherche ses clients, négocie ses prestations et dispose de l’autonomie professionnelle nécessaire à leur réalisation.
- L’entreprise de portage conclut le contrat de travail, verse la rémunération et assume les obligations sociales de l’employeur.
- L’entreprise cliente conclut le contrat commercial avec la société de portage et bénéficie de la prestation convenue.
Il faut distinguer la subordination juridique de l’autonomie opérationnelle. En droit du travail, le lien de subordination renvoie notamment au pouvoir de donner des instructions, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements. Votre société de portage conserve ses prérogatives d’employeur, mais le client ne doit pas être assimilé à votre supérieur hiérarchique.
Cette organisation explique pourquoi vous pouvez négocier vos honoraires et votre calendrier sans perdre les garanties associées à une rémunération salariale soumise aux cotisations correspondantes : assurance maladie, retraite de base et complémentaire, assurance chômage selon les conditions applicables et congés payés.
Une distinction reste essentielle : être titulaire d’un CDI ne garantit pas un salaire pendant chaque période d’inactivité. La législation prévoit expressément que les périodes sans prestation auprès d’un client ne sont pas rémunérées. Les réserves financières éventuellement disponibles jouent un rôle différent d’une garantie permanente de salaire.
La véritable sécurité du portage réside donc dans l’identification claire de votre employeur et de ses obligations, et non dans une promesse d’absence de risque commercial.
Quelles clauses vérifier impérativement avant de signer votre contrat de portage ?
Avant de signer votre contrat de portage, vérifiez en priorité votre qualification professionnelle, le calcul de votre rémunération, les frais de gestion, les conditions de financement des congés et des réserves, ainsi que les garanties applicables lors d’une interruption de mission ou d’un départ. Ces éléments doivent être suffisamment précis pour permettre un contrôle ultérieur.
L’article L1254-21 du Code du travail énumère les mentions obligatoires du CDI de portage. À ces obligations s’ajoutent des vérifications contractuelles utiles pour éviter les désaccords sur les sommes facturées et conservées.
Cinq groupes de clauses méritent une lecture attentive :
- Qualification et activité exercée. Contrôlez les compétences, qualifications et domaines d’expertise mentionnés. Une description fidèle facilite la cohérence entre vos missions et vos documents professionnels. Son imprécision ne supprime toutefois pas automatiquement vos droits sociaux.
- Rémunération et compte d’activité. Identifiez les modalités de calcul du salaire, de l’indemnité d’apport d’affaires, des cotisations et des provisions. Demandez à distinguer les montants facturés, encaissés, disponibles et effectivement versés.
- Frais de gestion et facturation. Vérifiez le taux, l’assiette, les éventuels minimums et les conditions de modification. Si un plafond de facturation figure dans l’offre, exigez sa définition précise : il ne s’agit pas d’un plafond général imposé par l’article L1254-21.
- Restrictions et fin du contrat. Examinez toute clause de non-concurrence éventuellement présente et demandez comment le compte d’activité sera arrêté, justifié et régularisé au départ.
- Garanties et protection des périodes sans mission. Repérez les règles relatives aux congés payés, aux réserves, aux frais professionnels, à la retraite complémentaire, à la prévoyance et au garant financier.
Le compte d’activité mérite une attention particulière. Il ne doit pas être traité comme un simple solde bancaire librement récupérable : son fonctionnement dépend des règles salariales, des frais justifiés et des provisions applicables.
Pour détecter les incohérences, confrontez votre contrat de travail au contrat commercial conclu avec le client, aux dispositions de la convention collective et aux documents contractuels complémentaires. Vérifiez notamment que les missions, les conditions financières et les responsabilités de chaque partie restent compatibles.
Votre checklist avant signature : cinq vérifications documentées
- Surlignez la description de votre expertise et de votre fonction ; conservez une copie du contrat annotée.
- Demandez une simulation détaillée de rémunération à partir d’une facturation hypothétique ; obtenez un décompte écrit des retenues.
- Faites préciser les frais de gestion, les provisions et leurs modalités de calcul ; conservez la grille tarifaire applicable.
- Comparez les éléments essentiels du contrat commercial avec votre contrat de travail ; établissez une liste datée des éventuelles divergences.
- Demandez les références de la convention collective, du garant financier et des organismes de protection complémentaire ; archivez les réponses écrites.
Une clause ambiguë doit être clarifiée avant signature. La qualité du contrat se mesure moins à sa longueur qu’à la possibilité de comprendre et de contrôler les engagements qu’il contient.
CDI de portage ou CDD par mission : lequel sécurise votre parcours ?
Le CDI de portage convient généralement mieux à un consultant qui prévoit de développer plusieurs missions successives avec le même employeur. Le CDD de portage répond davantage à une prestation temporaire identifiée. Les deux relèvent du salariat, mais ils diffèrent dans leurs modalités de durée, de rupture et de gestion des périodes sans activité.
Le choix ne doit pas reposer uniquement sur le nom du contrat. Il faut examiner la régularité de vos missions, vos besoins de revenu et vos droits déjà constitués.
| Critère | CDI de portage | CDD de portage |
|---|---|---|
| Logique contractuelle | Relation de travail à durée indéterminée | Relation liée à une prestation déterminée, dans le cadre légal du CDD de portage |
| Entre deux missions | Contrat maintenu tant qu’il n’est pas rompu ; périodes sans prestation non rémunérées | Contrat limité à sa durée et à ses conditions légales |
| Protection sociale | Affiliation et cotisations liées à la rémunération salariale | Affiliation et cotisations liées à la rémunération salariale |
| Assurance chômage | Ouverture des droits selon les conditions d’affiliation et de perte d’emploi | Ouverture des droits selon les conditions d’affiliation et de fin de contrat |
| Fin du contrat | Rupture selon les mécanismes légaux du CDI | Échéance ou rupture anticipée dans les cas légalement admis |
| Lecture du parcours par une banque | Peut faciliter la présentation d’une relation de travail durable | Présente une relation contractuelle temporaire |
Le CDI offre une continuité juridique, mais pas nécessairement financière. À l’inverse, le CDD possède une échéance identifiée sans exclure l’acquisition de droits sociaux. Dans les deux situations, les prestations d’assurance chômage dépendent des conditions effectivement remplies, et non du seul intitulé du contrat.
Le cumul avec une autre activité peut être envisageable dans chaque formule, sous réserve des obligations de loyauté, des éventuelles restrictions contractuelles et des règles propres à l’autre activité.
Pour décider, répondez à trois questions :
- Quelle visibilité réelle avez-vous sur vos missions au cours des douze prochains mois ?
- Quels droits sont prioritaires : revenus réguliers, assurance chômage, retraite ou protection complémentaire ?
- Quelle durée d’absence de rémunération pouvez-vous supporter sans mettre votre situation financière en difficulté ?
Une illustration hypothétique permet de comprendre l’enjeu : un consultant qui enchaîne plusieurs prestations peut privilégier la stabilité contractuelle d’un CDI, tandis qu’un professionnel réalisant une mission isolée peut préférer étudier les conditions d’un CDD. Aucune de ces situations ne dispense de vérifier les modalités financières et la couverture sociale.
Pour un crédit immobilier, le CDI peut être plus lisible administrativement. Toutefois, une banque peut également examiner les bulletins de salaire, l’ancienneté, les revenus réellement perçus et leur régularité. Le type de contrat ne garantit donc pas l’acceptation du financement.
Une fois la forme contractuelle choisie, la transparence des frais et des services devient déterminante pour évaluer ce que vous percevrez réellement.
L’erreur d’accepter une baisse de frais de gestion sans contrepartie écrite
Négocier une diminution des frais de gestion peut améliorer le montant disponible sur votre activité. Mais accepter une nouvelle tarification sans document écrit expose à des désaccords sur son calcul, sa durée et les services associés. Une réduction tarifaire ne doit jamais être interprétée comme une autorisation de réduire les protections sociales légalement obligatoires.
Les frais de gestion rémunèrent notamment les fonctions administratives et opérationnelles de l’entreprise de portage. Ils doivent être distingués des cotisations sociales et fiscales, ainsi que des autres sommes imputées au compte d’activité conformément aux règles applicables.
L’article 21 de la convention collective du portage salarial décrit ce mécanisme financier. Le montant disponible est déterminé à partir du prix hors taxes encaissé par l’entreprise de portage, après déduction des frais de gestion.
10 %
Réserve financière prévue pour le salarié porté en CDI, calculée sur le salaire de base de la dernière mission selon les dispositions conventionnelles applicables. Elle accompagne notamment les périodes de baisse ou d’absence de rémunération, sans garantir un salaire intégral illimité.
Convention collective de branche des salariés en portage salarial, article 21.
La baisse du tarif de gestion ne réduit pas automatiquement vos droits. En revanche, elle peut s’accompagner d’une modification du périmètre de services facultatifs : accompagnement personnalisé, accès à certains outils, assistance supplémentaire ou prestations commerciales particulières.
La distinction est décisive : les obligations légales et conventionnelles de l’employeur demeurent applicables, quel que soit le prix négocié. Une prestation commerciale complémentaire peut, elle, relever de l’offre contractuelle.
Avant d’accepter une nouvelle grille, demandez un avenant ou un engagement écrit précisant le taux, l’assiette de calcul, sa date d’application, les services maintenus ou modifiés et les éventuelles conditions de retour au tarif précédent.
Une vigilance particulière s’impose lorsque les frais sont dégressifs, forfaitaires ou liés à un seuil de chiffre d’affaires. Un forfait fixe peut peser proportionnellement davantage pendant une période de faible facturation. Comparez donc plusieurs scénarios explicites plutôt qu’un seul pourcentage annoncé.
Enfin, conservez les relevés de compte d’activité : ils permettent de confronter les frais effectivement prélevés au tarif contractuel. Une diminution de la qualité du suivi administratif n’est pas une conséquence juridiquement nécessaire d’une réduction des frais, mais tout défaut réel de déclaration, de versement ou d’information doit être traité comme un problème distinct.
Une tarification avantageuse doit rester vérifiable dans les documents contractuels et les relevés mensuels ; elle ne saurait remplacer une garantie explicite sur les services rendus.
Dans quels cas votre société de portage peut-elle rompre votre CDI légalement ?
Votre société de portage peut mettre fin à votre CDI dans les conditions prévues par le droit du travail, notamment par un licenciement reposant sur une cause réelle et sérieuse ou dans le cadre d’une rupture conventionnelle valablement conclue. En revanche, la seule fin d’une mission commerciale n’entraîne pas automatiquement la rupture du contrat de travail.
Le CDI de portage n’est donc ni intangible ni résiliable à volonté par l’employeur. Les règles applicables à sa rupture doivent être distinguées de celles qui gouvernent la relation commerciale avec le client.
Plusieurs situations méritent d’être connues :
- Licenciement disciplinaire. Une faute suffisamment établie peut justifier une procédure de licenciement. La faute grave répond à des conditions particulières et ne doit pas être confondue avec une simple difficulté commerciale.
- Inaptitude. Une inaptitude constatée dans les conditions légales peut conduire à une rupture si les obligations applicables, notamment celles relatives au reclassement, sont respectées.
- Motif économique. Des difficultés économiques répondant aux critères légaux peuvent justifier un licenciement, sous réserve des procédures et obligations correspondantes.
- Rupture conventionnelle. Elle suppose un accord libre entre le salarié et l’employeur et le respect de la procédure, notamment de son homologation lorsque celle-ci est requise.
Le point le plus sensible concerne l’absence de missions. L’entreprise de portage n’est pas légalement tenue de fournir du travail au salarié porté. Pour autant, cette particularité n’autorise pas à transformer automatiquement l’absence de facturation en motif de licenciement.
Le Code du travail distingue expressément la rupture de la prestation commerciale de celle du contrat de travail. Le défaut de renouvellement d’une mission ne suffit donc pas, à lui seul, à établir un motif valable de rupture du CDI.
En cas de cessation d’activité de la société de portage, les conséquences dépendent de sa situation juridique et des procédures applicables. La garantie financière obligatoire peut jouer un rôle dans la couverture de certaines sommes dues, dans les limites de son régime. Elle ne garantit pas pour autant la poursuite de votre contrat chez un autre employeur.
Si une entreprise invoque une perte d’autorisation ou d’agrément, demandez le fondement précis de cette affirmation. Le portage salarial relève notamment d’obligations de déclaration d’activité et de garantie financière ; il ne faut pas assimiler sans vérification ce régime à un agrément général.
Pour prévenir les litiges, archivez vos contrats commerciaux, comptes rendus d’activité, relevés financiers, échanges relatifs aux missions et bulletins de paie. En cas de rupture envisagée, demandez le motif et les modalités proposés par écrit, puis vérifiez les indemnités et documents de fin de contrat.
L’ouverture éventuelle des allocations chômage dépend ensuite des conditions propres à l’assurance chômage, notamment de l’affiliation, de la situation de perte d’emploi et des autres critères applicables.
La meilleure prévention consiste à conserver des preuves régulières de votre activité et à connaître les obligations que votre employeur doit respecter pendant toute la relation contractuelle.
Quelles prestations votre société de portage doit obligatoirement vous fournir ?
Votre société de portage doit remplir les obligations d’un employeur et celles propres au portage salarial : établir les documents contractuels, gérer la paie et les cotisations, assurer le suivi du compte d’activité, respecter les couvertures collectives applicables et disposer des garanties légalement exigées. Certaines prestations d’accompagnement sont également prévues par la convention collective, sans être nécessairement illimitées.
Sept ensembles de prestations ou d’obligations permettent d’évaluer concrètement le sérieux de votre société de portage :
- Contrat de travail et documents obligatoires. L’entreprise doit établir un contrat conforme aux règles du portage et remettre les documents salariaux requis.
- Rémunération et bulletins de paie. Elle doit calculer et verser les rémunérations dues selon les règles légales, conventionnelles et contractuelles.
- Déclarations et cotisations sociales. Elle assume les obligations déclaratives et contributives attachées à votre statut de salarié.
- Couverture santé et garanties collectives. Elle doit appliquer les règles relatives à la complémentaire santé et aux dispositifs de prévoyance obligatoires, sous réserve des conditions et dispenses prévues.
- Compte d’activité et information financière. Elle doit suivre les montants facturés et encaissés, les frais de gestion, les prélèvements et les sommes affectées à votre rémunération.
- Responsabilité civile professionnelle et garantie financière. Elle doit respecter les obligations d’assurance et de garantie propres à son activité.
- Accompagnement conventionnel. Elle doit fournir l’assistance contractuelle et faciliter l’accès aux dispositifs de développement professionnel prévus par les textes applicables.
Ces engagements trouvent notamment leur fondement dans le Code du travail et les obligations des entreprises de portage dans la convention collective.
Les prestations commerciales supplémentaires doivent rester distinctes de ce socle. La mise en réseau, un logiciel particulier, un accompagnement individuel renforcé ou des services additionnels ne deviennent pas automatiquement obligatoires parce qu’ils apparaissent dans une brochure.
La convention collective impose notamment la gestion du compte d’activité et la communication d’informations mensuelles sur les opérations financières. Cette transparence permet de rapprocher le chiffre d’affaires encaissé des frais retenus et des sommes salariales versées.
Une fois par an, réalisez un audit documentaire simple : rapprochez vos bulletins de paie de vos relevés de compte d’activité, vérifiez votre affiliation à la complémentaire santé, les garanties de prévoyance effectivement applicables et les informations relatives à votre retraite. Demandez des justificatifs appropriés en cas d’anomalie.
Pour les cotisations, une attestation générale de la société ne remplace pas nécessairement la vérification de votre situation personnelle auprès des organismes compétents. De même, la remise d’une notice de mutuelle n’établit pas à elle seule que l’ensemble des garanties annoncées est activé.
Ce suivi permet de repérer plus tôt les écarts entre les protections prévues sur le papier et leur application concrète à votre situation.
Pourquoi l’absence de lien hiérarchique avec le client ne supprime pas votre statut de salarié ?
L’absence de supérieur hiérarchique chez le client ne vous prive pas de la qualité de salarié, car cette qualité découle de votre contrat de travail avec la société de portage. Votre autonomie dans l’organisation de la mission coexiste avec les obligations sociales de votre employeur. Les droits correspondants dépendent ensuite des conditions légales et des cotisations applicables.
Cette distinction répond à une confusion fréquente : un consultant peut se comporter comme un professionnel autonome dans ses relations commerciales sans exercer juridiquement sous le régime d’un travailleur indépendant.
Chez le client, vous convenez du résultat attendu, des conditions d’intervention et du prix de la prestation. Le client peut exprimer ses besoins, fixer des contraintes opérationnelles compatibles avec la mission ou vérifier les livrables. Ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser une subordination juridique.
À l’inverse, votre société de portage intervient comme employeur dans la relation salariale. Elle établit vos bulletins de paie, déclare les rémunérations et applique les obligations prévues par votre contrat et les textes sociaux.
Il en résulte plusieurs conséquences :
- Vous relevez des mécanismes de couverture maladie attachés à votre situation de salarié, selon leurs conditions d’application.
- Vos rémunérations soumises à cotisations participent à l’acquisition de droits à retraite de base et complémentaire.
- Vos droits aux congés payés sont déterminés et traités dans le cadre salarial applicable.
- Votre emploi et vos rémunérations doivent être déclarés conformément aux obligations sociales, notamment celles utiles à l’examen de vos droits par France Travail.
Il serait toutefois inexact de considérer qu’un simple intitulé de poste ou un code d’emploi garantit automatiquement l’ouverture d’une allocation. Les organismes examinent les données déclarées et les conditions propres à chaque prestation.
La situation devient plus délicate lorsque le client organise concrètement votre travail comme celui de ses salariés : instructions permanentes sur vos méthodes, contrôle hiérarchique direct et exercice apparent d’un pouvoir disciplinaire. Selon les circonstances, cette organisation peut soulever un risque de contestation de la qualification réelle de la relation.
Le contrat commercial doit donc cadrer précisément l’objet de la prestation et les responsabilités respectives. Cette vigilance concerne la société de portage, mais également le consultant et l’entreprise cliente dans leur pratique quotidienne.
Votre protection sociale ne repose pas sur le degré de liberté que vous ressentez au quotidien, mais sur un cadre juridique dont les règles doivent être appliquées effectivement.
À retenir avant de contrôler le cadre légal
- Vérifiez séparément l’identité de votre employeur, les obligations de l’entreprise cliente et les documents qui prouvent votre affiliation sociale.
- Ne confondez pas continuité du CDI, rémunération des missions réalisées et couverture des périodes sans prestation.
- En cas de doute sur une garantie, identifiez le texte applicable et demandez à la société de portage une confirmation écrite de son application.
Quelles lois protègent votre statut et encadrent votre activité de porté ?
En France, votre statut de salarié porté est principalement encadré par les articles L1254-1 à L1254-31 du Code du travail et par la convention collective de branche des salariés en portage salarial du 22 mars 2017, avec ses dispositions applicables. Ces textes organisent la relation contractuelle, les obligations de l’employeur et plusieurs garanties salariales et financières.
Le portage salarial constitue un dispositif juridique français particulier. Ses règles ne doivent pas être transposées automatiquement à la Belgique, à la Suisse, au Luxembourg ou à d’autres pays francophones, même si des formes d’emploi ou d’intermédiation comparables peuvent y exister.
Le Code du travail définit la relation triangulaire, les conditions d’accès au portage salarial et les modalités contractuelles. Il encadre notamment :
- L’expertise, la qualification et l’autonomie exigées du salarié porté.
- La possibilité de conclure un CDD ou un CDI de portage salarial.
- Les mentions obligatoires des contrats et les relations commerciales.
- La durée maximale de trente-six mois d’une prestation auprès d’une même entreprise cliente.
- Les obligations relatives à l’activité des entreprises de portage et à leur garantie financière.
La convention collective complète ce cadre en précisant notamment les garanties de rémunération, les réserves financières, l’accompagnement et les obligations de gestion du compte d’activité. Elle ne remplace pas le Code du travail : ses dispositions s’articulent avec les règles légales et les accords applicables.
Les dispositifs généraux du droit social restent également importants. L’assurance maladie, la retraite, l’assurance chômage, les congés payés et la rupture du contrat de travail obéissent à des conditions propres. Le portage ne dispense ni de cotiser ni de respecter les règles d’acquisition et de maintien des droits.
Pour vérifier la conformité d’une société de portage, commencez par identifier la convention collective mentionnée sur vos documents. Vérifiez ensuite l’existence des éléments contractuels obligatoires, l’identité du garant financier, la couverture d’assurance requise et la cohérence des déclarations sociales avec vos bulletins de paie.
La société doit également respecter le régime de déclaration d’activité applicable aux entreprises de portage. Cette obligation ne doit pas être confondue avec une simple inscription commerciale ou avec une certification privée mise en avant à titre promotionnel.
Enfin, contrôlez les versions des textes applicables à la date des faits en cas de différend. Une disposition conventionnelle peut être modifiée par avenant, et une situation de rupture doit être appréciée au regard du droit alors applicable.
Avant de vous engager, réunissez une version complète de votre contrat, une simulation financière détaillée et les justificatifs des garanties annoncées. Faites préciser par écrit toute contradiction. En présence d’un doute juridique important ou d’une rupture envisagée, sollicitez un avis individualisé avant de signer un document engageant vos droits.
Peut-on bénéficier de l’assurance chômage après un CDI en portage salarial ?
Oui, une activité salariée en portage peut permettre l’ouverture de droits à l’assurance chômage. Le versement d’allocations n’est toutefois pas automatique : France Travail examine notamment les périodes d’affiliation, les rémunérations déclarées, les conditions de perte d’emploi et les autres critères applicables. L’absence d’une nouvelle mission ne suffit pas à établir que le CDI a pris fin.
Votre société de portage doit-elle vous payer si un client tarde à régler sa facture ?
La société de portage demeure tenue des rémunérations dues au titre des prestations réalisées, selon les dispositions légales et contractuelles applicables. Le retard de paiement du client ne permet pas, à lui seul, d’effacer une créance salariale exigible. En revanche, le fonctionnement financier du portage impose de distinguer les montants facturés, encaissés, les provisions et les échéances de rémunération.
La réserve financière d’un CDI de portage garantit-elle un salaire entre deux missions ?
Non. La réserve conventionnelle participe à la gestion des périodes de baisse ou d’absence de rémunération, mais elle ne constitue pas une garantie illimitée de salaire. Son calcul, son affectation et son utilisation doivent être examinés au regard de la convention collective et du compte d’activité. La loi prévoit que les périodes sans prestation auprès d’une entreprise cliente ne sont pas rémunérées.
Comment vérifier que vos cotisations retraite sont prises en compte ?
Commencez par contrôler les informations figurant sur vos bulletins de paie et identifier la caisse de retraite complémentaire mentionnée dans votre contrat. Consultez ensuite vos relevés de carrière auprès des organismes concernés et signalez toute période ou rémunération manquante. Une régularisation peut nécessiter des justificatifs transmis par votre société de portage.
Que faire si votre contrat de portage comporte une clause contradictoire ?
Demandez une clarification écrite en désignant précisément la clause concernée et le document avec lequel elle paraît incompatible. Comparez le contrat de travail, le contrat commercial et les dispositions légales et conventionnelles applicables. Si la contradiction porte sur la rémunération, les garanties sociales ou les conditions de rupture, faites examiner les documents par un professionnel du droit du travail avant de vous engager.